Jeannine Fischer Siewe est à l’initiative de l’association “Wawa L’Asso”. Créée en 2013, l’association pose ses bagages rue des Postes à Lille il y a deux ans. Danse, création de bijoux et de vêtements, défilés, galas, stages, ateliers. Un nombre d’initiatives proportionnel à l’enthousiasme porté par Jeannine dans chacun des projets.  

Avec un grand sourire scotché au visage, Jeannine accueille Le Toupet dans les locaux de Wawa L’Asso. Une tasse de thé à la main, elle raconte ses allers-retours entre le Cameroun et la France et comment elle a dû mettre en retrait sa culture camerounaise pour rentrer dans les cases. “Au Cameroun, je sortais de l’école à 17h et les bars ouvraient, les gens dansaient”. Un changement d’ambiance radicale lorsqu’elle emménage dans un petit village de l’Oise. “C’était la mort” rit-elle. Une seule idée lui reste en tête: fuir la campagne isarienne pour emménager dans une grande ville. Jeannine se retrouve ainsi à Lille, d’abord pour des études de médiation culturelle, puis de communication. Tombée amoureuse de la cité Nordiste, elle y pose ses valises, bien décidée à ne plus la lâcher. 

Serial-entrepreneuse

« Serial-entrepreneuse », c’est ainsi que Jeannine se définit. Elle quitte son job de responsable commerciale dans une petite boutique et met en place les projets qui lui tiennent à cœur. Passionnée de danse, de voyage , de mode, d’art et de culture, elle réunit toutes ses passions et crée Wawa. Il est difficile de ne pas ressentir l’envie de partage, la bienveillance et l’énergie qu’elle dégage lorsqu’elle en parle. Métisse, issue d’un mélange de deux cultures différentes, elle place la culture afro-caribéenne au cœur des différents projets de l’association. Étonnée du manque de représentativité de celle-ci dans le monde de l’art, Jeannine tient à la mettre en lumière. “J’aime beaucoup le terme anglais “legacy” déclare-t-elle, “il met bien en avant le fait que quelque chose nous a été légué”. L’héritage de la colonisation du Cameroun par les puissances européennes se traduit aujourd’hui par la persistance des discriminations raciales. Jeannine parle de la diaspora, singularisée par la persistance de la culture africaine au fil du temps. Elle s’applique alors avec ardeur à faire persister cette diversité culturelle à travers son association. 

S’accepter par la danse

“La danse c’est comme une thérapie” affirme-t-elle entre deux gorgées de thé. Lorsqu’on entre dans la salle de danse, une ambiance chaleureuse vient confirmer ses propos. Une vingtaine de femmes qui se balancent au rythme entraînant de la musique, des visages souriants ou concentrés. Jeannine tient à garder ce lieu en “espace safe, où chacune peut s’affranchir du regard de validation masculin”. L’empowerment des femmes est la racine de ses projets. Jeannine confie, convaincue, “je suis persuadée que toutes les femmes ont une lumière en elles. Mon but, est de révéler la puissance de cette lumière”. Elle invite les femmes à venir telles qu’elles sont, en portant sur elles un regard bienveillant qui vous appelle à embrasser cette sororité. 

studio de danse

Aider les femmes par la danse donc, mais pas seulement. Jeannine réalise aussi des ateliers sur l’estime de soi ou la précarité menstruelle avec des femmes sans domicile fixe notamment. Dans le cadre de la création d’une marque de bijoux et d’accessoires, Wawa l’Asso travaille avec des femmes des quartiers de Wazemmes ou de Saint-Maurice Pellevoisin. Un réel engagement au service des luttes féminines. A 40 ans, (l’étonnement se lit sur mon visage à l’annonce de son âge) Jeannine s’efforce de transmettre avec force ses idées. Elle crie ses valeurs avec conviction, dans une société où les femmes sont invitées à baisser la voix.   

Aglaé FAURE

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3 commentaire

  1. Quelle énergie ! On voudrait toutes connaître une Jeannine, on voudrait toutes être Jeannine et crier nos valeurs !
    Bravo à cette femme exceptionnelle, qui fait tant pour les autres et bravo pour ce beau portrait que cette jeune journaliste a fait d’elle !

  2. Un article rédigé avec excellence par mon fraté !!!

  3. Cet article est une belle surprise, je ne pense pas me tromper en disant que la personne derrière ce chef d’œuvre est très talentueuse.

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