Depuis plusieurs mois, face à une pression russe à la frontière ukrainienne, l’escalade diplomatique entre le pays du Kremlin et les Occidentaux s’intensifie. Paul Gogo, journaliste indépendant basé à Moscou, expose la posture centrale de Vladimir Poutine.

La capitale russe traverse un très bel hiver marqué par une neige abondante. D’un point de vue diplomatique, l’Europe est actuellement enlisée dans des négociations avec les deux pays limitrophes de l’Est. Le gouvernement étasunien, quant à lui, réagit suivant la température imposée par le continent russe. Vladimir Poutine, véritable annonciateur du climat mondial, module entre ruse diplomatique et pression militaire.

« La Russie avait un coup à jouer. L’entrée d’un nouveau président aux États-Unis et le départ de la chancelière allemande Angela Merkel étaient une opportunité pour le pays de montrer les muscles tout en ne prenant pas de risque. » Selon Paul Gogo, journaliste en Russie depuis cinq ans, Vladimir Poutine a déjà plusieurs victoires à son actif.

Il est parvenu à exclure pendant un temps l’Europe des négociations avec l’Ukraine car il les jugeait inefficaces pour servir sa position. Il a poussé les États-Unis à réfléchir à leur présence dans la région euro-asiatique tout en les incitant à aller dans son sens. Une autre réussite pourrait s’ajouter au tableau, celle d’une intervention d’Emmanuel Macron dans la résolution du conflit, qui mènerait peut-être à la signature d’une loi favorable à la Russie. En alliant techniques violentes d’un oeil occidental et silence médiatique contrôlé, Poutine pourrait sortir la tête haute de cette crise, en dépit d’une politique nationale violente et radicale.

Une perte des libertés

Le gouvernement au pouvoir raisonne étroitement comme une mafia. En plus d’une hiérarchie plus ou moins connue des dirigeants, une présence prononcée de la délinquance enrichit et protège ce système interconnecté. Une ambiance malsaine règne à la tête du pays. Les manifestations ne sont quasiment plus envisageables depuis deux ans, dans un contexte de direction du pays par le FSB (service fédéral de sécurité de la fédération de Russie). Gestionnaire de la justice et police, il est présent dans la grande majorité des villes de Russie et forme une toile nationale.

Concernant la liberté de la presse, les journalistes russes ont de moins en moins de médias pour s’exprimer. Paul Gogo précise : « La télévision d’État sert le pouvoir et s’oppose à la réalité. Les Russes doivent s’auto-censurer. On voit nos confrères internationaux contraints à quitter le pays. Pleins de gens ont dû s’enfuir. » Le risque pour lui : une suppression du visa et un retour rapide en France. Surtout que ces dernières semaines, la porte-parole du ministère des Affaires étrangères Maria Zakharova durcit le ton et participe à une pression médiatique conséquente. « Il faut être irréprochable, nous sommes des opposants au quotidien, ce qui est insupportable à vivre. »

Le variant Omicron se propageant sur le territoire, les habitants vivent avec très peu de contraintes sanitaires. Un accord tacite entre l’autorité et le peuple permet la défense des intérêts économiques des deux partis. Le chef de l’État, soi-disant vacciné, limite ses rencontres et s’isole régulièrement dans un palais de campagne. Surnommé « le papi dans sa cave » par le peuple, il en profite notamment pour se rapprocher de la république populaire de Chine.

Une alliance de circonstances

Depuis 2014, un rapprochement lié à la crise ukrainienne voit le jour entre la Russie et la Chine. Ce pivot vers l’Est contient un message fort selon Paul Gogo : « Poutine montre qu’il peut ne pas s’entourer de démocraties uniquement, mais qu’il peut être allié avec tous types de régimes, à l’inverse des Européens. » À la cérémonie d’ouverture des Jeux de Pékin, ils se placent d’ailleurs en tant qu’amis politiques ayant une vision du monde commune.

Ces deux pays autant associés que concurrents s’entendent militairement mais ne parviennent pas à trouver un équilibre sur les tensions en Arctique. Malgré des liens peu naturels entre les deux pays, leur alliance se concrétise et devrait s’étendre dans le temps.

Aujourd’hui, la propagande et la diplomatie provocatrices du territoire russe inquiètent, alors qu’une surestimation de la menace russe se fait sentir en Occident par une habitude aux discussions apaisées en surface. Selon Paul Gogo, l’équilibre de la gouvernance du pays, autant national que mondial, paraît reposer sur une diffusion de la peur spectaculaire mais artificielle. Seul Vladimir Poutine semble réunir, de manière sévère, le territoire russe.

Emilien Jacquou


Originaire d’une petite ville de Normandie, Paul Gogo a effectué un master « journalisme, reportage et enquête » à Sciences Po Rennes. Après deux ans et demi de reportage en Ukraine, il se rend en Russie en tant que journaliste « free lance ». Source photo : Paul Gogo

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1 commentaire

  1. Super article complet et intéressant ! je paierais bien une pinte à l’occase au rédacteur 🙂

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