En cette fin de matinée du 5 février, ils étaient quelques uns à avoir répondu à l’appel de SOS Racisme et de Martine Aubry. Sur la place de la République de Lille, une foule s’est réunie pour s’opposer au meeting du candidat d’extrême droite, Eric Zemmour, qui avait lieu dans l’après-midi de la même journée. Le Toupet était sur place pour rencontrer ces manifestants qui s’étaient déplacés pour dire non aux idées d’extrême droite, non au racisme et non à la haine. 

Sébastien Duhem, adjoint à la mairie de Lille

Sébastien Duhamel

Le conseil municipal de Lille vient d’arriver place de la République et les journalistes s’empressent de tendre leurs micros vers Martine Aubry. Autour pourtant, de nombreux autres portent l’écharpe tricolore.

Sébastien Duhem, huitième adjoint à la mairie de Lille, est là ce matin. 

C’est son deuxième mandat au sein du conseil municipal de Martine Aubry. Sébastien est en charge de la participation citoyenne et du quartier de Fives. Plus largement, il échange au quotidien avec les lillois sur l’ensemble des projets urbains qui les intéressent, comme notamment le Budget Participatif. En plus de son engagement municipal, il travaille à la métropole européenne de Lille. « J’ai voulu rester en prise avec la réalité car être élu ce n’est pas un métier, c’est un engagement. ».

Ce matin l’adjoint est présent au rassemblement organisé par SOS Racisme car selon lui « dès qu’on bascule dans les extrêmes c’est la fin des droits, c’est la fin des libertés. Nos grands-parents nous racontent, il faut entendre l’Histoire ». 

Il ne semble pas être dérangé par cet amas de journalistes autour de la maire de la ville. Il explique que « c’est un peu normal dans la mesure où c’est un personnage politique qui représente encore quelque chose. Elle est entendue nationalement et aujourd’hui elle va porter le message pour tout le monde. Ça va nous permettre d’avoir une image nationale pour dire que nous, les villes de gauches, disons non.» Il est cependant assez inquiet du taux de mobilisation. En effet, selon la préfecture seulement 500 personnes étaient présentes en cette matinée du 5 février. « Aujourd’hui on n’est pas nombreux par rapport à il y a 15 ans de cela, c’est d’ailleurs assez préoccupant la capacité de mobilisation aujourd’hui, y compris des jeunes générations qui paradoxalement partagent cette même vision des choses. » se désole Sébastien Duhem. Aujourd’hui, la jeunesse emmerde peut-être encore le Front National, mais en tout cas ce matin, les jeunes se faisaient rares pour le scander. Ils étaient ce pendant plus nombreux en début d’après-midi, où 1100 personnes s’étaient réunis pour manifester une nouvelle fois contre le meeting d’Eric Zemmour. 

Sébastien Duhem conclut en nous disant que « quand on porte des valeurs, il ne faut pas en déroger, même si ce n’est pas à la mode. Or, on est dans une société où lorsque ce n’est pas à la mode on zappe. Quand vous avez des convictions, portez-les ».

Danielle, professeure d’université retraitée

Danielle

Cachée derrière ses grandes lunettes de soleil et son masque violet, Danielle a l’allure d’une vedette de cinéma. Cette ancienne professeure de littérature espagnole à l’université de Lille raconte être horrifiée par la situation politique actuelle, et tout particulièrement par cet homme : Eric Zemmour.

« C’est quelqu’un qui ne sait pas lire, qui n’a lu aucun livre d’histoire depuis cinquante ans ! » s’exclame-t-elle avant d’ajouter « Il hait les femmes ! Il a vraiment un problème… Ceci dit, les femmes qui le suivent en ont un énorme aussi. J’ai connu le MLF à son origine alors voir cette régression, cette horreur, c’est insupportable ». 

Danielle est effrayée face à cet homme qui déclare que Pétain aurait sauvé les juifs français de la déportation. Cet homme pour qui « les femmes sont le but et le butin de tout homme doué », pour qui « les femmes ont une forme d’intelligence différente de celle des hommes » Et pour qui «  les grands génies sont des hommes ». 

« On en arriverait à trouver Le Pen sympathique avec ses minous. Mais pendant ce temps là on ne se rend pas compte qu’elle aussi est d’extrême droite, c’est épouvantable ! » s’insurge Danielle. 

Cette femme aux grandes lunettes qui espère une France ouverte, cosmopolite et universelle. Elle qui s’inquiète pour les mentalités, qui désespère face à « ce côté identitaire, franco-français ». Elle rêve d’un monde où l’on n’aurait pas peur de s’engager. « La montée des droites s’explique par lâcheté collective, par peur, par paresse. Parce que quand on s’engage il faut prendre des responsabilités. Alors quand on laisse les autres bouger à sa place, ça donne ce que ça donne. », souffle-t-elle désespérée.

Les discours commencent. Nous sommes alors contraints de laisser Danielle et ses craintes face aux futures élections, face à la situation des femmes, et plus largement, face à la situation de la France. Malgré tout cela, Danielle garde le sourire. Et c’est sous un grand soleil de février que nous nous quittons.

Mathilde, étudiante

Mathilde, étudiante en master MEEF 1, se tient au large de la manifestation. Elle n’était pas au courant de ce rassemblement. “Je suis pas hyper manifestation”. Pour elle, ça ne va rien changer. Comme Mathilde, beaucoup de citoyens font partie de cette France découragée.

Selon une étude du CEVIPOF (Centre de recherche politique de Sciences Po), un quart des Français dit même ressentir du « dégoût » pour la chose politique, contre seulement 8% chez nos voisins allemands.

En politique, Mathilde ne se sent pas du tout représentée. “En tant que futurs enseignants, on n’est pas écoutés et en tant qu’étudiants on est carrément oubliés.” Lassement, elle pense connaître l’issu des présidentielles: un nouveau mandat pour Emmanuel Macron. Pour elle, le polémiste d’extrême droite n’a aucune chance. 

“Je pars du principe que tout le monde a le droit de s’exprimer” confie Mathilde. La liberté d’expression est en effet un argument qui fait débat dans le cadre de la campagne d’Eric Zemmour. La future professeure des écoles ne comprend pas qu’on veuille lui retirer la parole. Alors que le polémiste a été condamné en janvier dernier pour provocation à la haine, la “liberté d’expression” continue à servir de faire-valoir à son discours.

Armand, militant au Comité des Sans-Papiers

Une large banderole rouge distingue le Comité des Sans-Papiers sur la place de la République. Impossible de le manquer.

Armand est professeur de mathématiques, mais aussi coordinateur de la commission juridique du Comité des Sans-papiers depuis sa création (1996). Il se définit comme “un homme de coeur” et se tient aux côtés des sans-papiers pour les accompagner et défendre leurs droits.

Armand s’oppose fermement à la venue d’Eric Zemmour à Lille. Il définit le Nord comme “une terre d’accueil, une terre du vivre ensemble”. L’histoire de l’immigration est en effet importante dans cette région et contraste drastiquement avec les idées du polémiste d’extrême droite. 

“On se prend la main, on apprend aux enfants à s’aimer et pas à se haïr, Monsieur Zemmour n’a rien à faire ici”. Malgré ses désaccords, Armand reste d’une politesse irréprochable. Il souligne surtout l’incohérence de certains points du discours de “Monsieur Zemmour”. “Il raconte beaucoup de bêtises, c’est un homme qui joue sur la peur en racontant des histoires”. Armand est inquiet de voir certains de ses concitoyens céder à la facilité en pointant du doigt l’étranger. 

Plein de compassion, il comprend néanmoins qu’un tel discours puisse toucher “ceux qui galèrent”. Pour autant, il le dénonce haut et fort car selon lui, “informer, c’est déjà agir”. 

Arnaud, ingénieur du son

Arnaud, ingénieur du son pour Quotidien, est reconnaissable à vu d’œil. Equipé d’une perche télescopique et d’un micro portant le logo rouge flamboyant de l’émission de Yann Barthès, il se dit « désintéressé par la politique ». Sa présence au rassemblement est purement professionnelle.

Marqué par une attitude décontractée, Arnaud est embauché dans différentes entreprises médiatiques : TF1, Francetélé. Il travaille dans des domaines variés, qu’ils soient politiques, religieux ou encore pornographiques.

Passionné par son travail, il est déçu par la politique qui, selon lui, ne représente plus rien. « Ils racontent tous la même chose », s’exclame-t-il au sujet des discours énoncés lors du rassemblement. « Pour moi, la gauche, la droite, ça ne veut plus rien dire. Il faudrait qu’il y ait un autre mouvement qui naisse, avec des gens qui savent de quoi ils parlent et qui sont directement concernés ».

Après le rassemblement, l’équipe de Quotidien se rendra au meeting d’E. Zemmour. Arnaud n’appréhende pas cet événement malgré les attaques subies par certains membres de la rédaction à VillepinteSelon lui, les meeting sont « particuliers ». Aujourd’hui, être employé par Quotidien sur ce type d’évènements, c’est savoir que sur le terrain on sera parfois accompagné par des agents de sécurité pour assurer sa protection.

Pour autant, cela se passe généralement bien pour Quotidien. « Que ce soit en contexte d’élections ou non, le pire c’est BFM. En général si t’es de BFM, les gens refusent de se faire filmer. Quotidien les gens kiffent plutôt ça ».

Participer à ces meetings est pour l’ingénieur du son, une manière de voir l’envers du décor de la politique. « Là encore, c’est des meetings. Quand t’es proche des politiques et que tu passes du temps avec eux, tu te rends compte de la supercherie »

Florian, militant pour SOS Racisme

Alors que le rassemblement touche à sa fin, les militants de l’association SOS Racisme prennent le temps de remercier individuellement les personnes présentes. C’est notamment le cas de Florian, engagé chez SOS Racisme depuis 2018 après avoir terminé ses études en droit.

Doté d’une pancarte jaune prenant la forme d’une main où est inscrit le slogan « Touche pas à mon pote ! », le jeune homme est présent auprès l’association pour « se rendre utile ».  

Initialement parti observer les permanences de l’association, Florian est rapidement devenu un militant actif. « Au départ, je m’occupais des appels et j’indiquais aux personnes comment faire valoir leurs droits et j’ai décidé de rester. »

Depuis, le militant s’est voué à la lutte anti-raciste par des «actions coups de poings » telles que des manifestations ou encore par une présence lors des meetings d’extrême droite.

Au dernier meeting d’E. Zemmour, les militants de SOS Racisme ont été violemment pris à parti après avoir scandé « Non au racisme ». « C’est pour ça qu’on est là d’ailleurs. Ce jour-là, j’ai ressenti de l’inquiétude. Ni la sécurité d’Eric Zemmour, ni son service d’ordre, personne n’a été là. Ils ont même participé à cette violence et en plus devant des caméras. »

Florian dénonce la sous-estimation des violences de l’extrême droite. « On parle beaucoup des violences islamistes, mais beaucoup moins des violences d’extrême droite qui regroupent des personnes lourdement armées avec des personnes qui s’entraînent dans des camps ».

Le militant s’indigne face à cette violence qui est rarement qualifiée de terrorisme. Les auteurs de ces attaques sont généralement qualifiés de personnes « perturbées mentalement, de fous. À un moment ces personnes sont des terroristes et c’est pour ça qu’on est là. »

SOS Racisme est à l’origine de ce rassemblement pacifique. Il a été organisé le jour même de l’annonce de l’arrivée d’Eric Zemmour à Lille. « Nous avons immédiatement fait une déclaration à la préfecture. C’est hors de question que l’on tolère cette haine ».

Comme dit plus haut, une manifestation était organisée en début d’après-midi pour faire barrage au meeting d’Eric Zemmour. L’association SOS Racisme y était également. « Il faut soutenir toutes les initiatives contre Zemmour et contre l’extrême droite, on n’oublie pas Marine Le Pen non plus ».

Lyna FAHEM, Aglaé FAURE, Margot SANHES

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