Mardi 11 janvier 2021, je remonte la rue Jeanne d’Arc de Mons-en-Baroeul. Aujourd’hui, je vais à l’église. Plus précisément, je vais à l’église Saint Pierre. Je suis athée, mais j’ai envie de comprendre et de découvrir ces modes de vie qui semblent si lointains du mien.  Je souhaite comprendre quels sont les points communs des religions, et comment elles vivent ensemble depuis des centaines et des centaines d’années. J’ai envie de rencontrer ceux qui ont choisi d’y dédier leurs vies. Le Père Pascal Dame est alors la première personne que je dois rencontrer dans le cadre de ce projet de témoignages inter-religieux. Cette première rencontre marque le début de nombreuses autres.

Je passe la porte du parvis Jean XXIII de l’église, et me dirige vers l’accueil. Un homme me conduit alors là où m’attend Monsieur Dame. J’arrive dans une pièce qui contient pour seule décoration, une table avec des chaises, ainsi que des symboles chrétiens. L’homme que je dois rencontrer ce matin, est assis à la table. « Vous êtes la journaliste ? Sarah c’est ça ? ». Non, Margot. « Ah oui oui asseyez-vous ». Je prends place face à lui, prête à écouter son histoire. Il s’élance dans un récit avant même que je n’ai pu lui poser une question. 

Il m’explique que sa religion repose sur une trinité. C’est à dire sur un ensemble de trois grandeurs qui ne forment qu’un : le fils, le père, et le saint-esprit. Il parle à un rythme haletant et je n’ai pas le temps de saisir l’entièreté de son propos. Je comprends seulement qu’il y a Dieu, et que Dieu, nous aime tous. Et ce qui nous éloigne de Dieu, c’est le péché.

La mission du prêtre n’est pas de convertir à la religion. Monsieur Dame m’a d’ailleurs très vite dit qu’il ne ferait pas de prosélytisme et qu’il essaierait de me convaincre de rien. Ce sont ces mots qui m’ont permis de l’écouter sereinement. Son rôle est de témoigner de l’amour du Christ pour tout le monde. Au-delà du Christ, c’est l’amour que ce prêtre avait pour l’humanité qui m’a profondément émue.

Pascal Dame, de prof à curé

Pascal Dame est originaire de Lambersart. Il a été professeur d’histoire-géo dans un collège catholique pendant vingt ans avant de devenir prêtre. Il naît dans une famille chrétienne pratiquante, et il est toujours allé à la messe. « Même à l’adolescence, alors qu’il semblerait que nous ayons tous une période de crise, moi, je continuais à m’y rendre ». C’est lors d’une « retraite avec des élèves de quatrième que je me suis dit que j’avais été appelé ». C’était décidé, il serait prêtre. Pour cela, il a fait six années d’études, deux ans à Nancy, et quatre ans au séminaire de Lille. Il y prenait des cours de philosophie, de théologie, de psychologie, et même des cours pour apprendre à gérer sa vie sexuelle. Le 22 juin 2008, il est ordonné prêtre. Sa nouvelle vie commence alors enfin. Il exerce pendant onze ans à Roubaix, avant d’arriver là où il est aujourd’hui depuis quatre ans, à Mons-en-Baroeul. 

Le Père Évêque et le conseil épiscopal (le conseil qui aide l’évêque dans ses décisions), lui ont demandé d’être le délégué diocésain inter-religieux. C’est lui qui dès lors allait être chargé des relations de l’église avec les musulmans et les bouddhistes. Pour ce faire, il a repris ses études à l’Institut Catholique de Paris. On lui a enseigné l’islam, le Coran, la langue arabe coranique, mais également le bouddhisme. 

Le prêtre a officié pendant onze ans à Roubaix dans des quartiers populaires. Une ville connue notamment car elle accueille une grande communauté musulmane. Lorsque Pascal Dame évoque son rapport avec les musulmans roubaisiens, il fait preuve d’enthousiasme et de bienveillance. « Pour moi, c’était naturel. Mes voisins étaient musulmans. On se disait bonjour, on s’accueillait de temps en temps, on prenait un café ou une tisane. On s’aidait beaucoup également quand une personne était en difficulté. ». Il se lance alors dans le récit de cette charmante anecdote. « Mes voisins ne pouvaient pas se payer une salle pour faire une fête car ils avaient des difficultés financières. J’ai dit « écoutez, ce n’est pas grave, venez chez moi ». Et ils sont venus au presbytère. On était une quarantaine. C’était avant le covid bien entendu. Le vendredi c’était pour les hommes, le samedi pour les femmes. Alors je respecte, bien sûr. J’y suis allé pour les hommes, et j’ai même dansé ! Ils ont beaucoup apprécié. Et ça se passait de manière naturelle. On plaisantait, ça se passait bien. ». 

Il glisse toutefois entre deux mots que le dialogue se rigidifie, que l’islam politique l’emporte sur l’islam en général. Mais que cela, c’est ce qu’on lui dit, lui ne l’a jamais vécu lorsqu’il était prêtre à Roubaix. 

Pour lui, le plus important c’est le dialogue. « Le dialogue c’est écouter l’autre dans son étrangeté. C’est l’écoute qui fait la richesse. La richesse c’est aussi dire en quoi et en qui je crois. Le dialogue ce n’est pas consensus, on a le droit de ne pas être d’accord, ça ressemble fort à la démocratie ».

Les tabous et non-dits de l’Église

« Le mariage pour tous, moi personnellement je ne suis pas d’accord » déclare-t-il. Il continue en affirmant « mais une personne homosexuelle c’est d’abord une personne. Il ne faut pas réduire un homosexuel à son homosexualité. On n’a pas à juger. Si deux personnes du même sexe sont heureuses, elles construisent un chemin d’humanité ». Il explique ne pas avoir pu marier deux hommes homosexuels à l’église mais être toutefois allé chez eux faire une prière avec eux pour célébrer leur union. 

Il confie également avoir été ordonné prêtre alors qu’il avait été célibataire toute sa vie. Mais pour lui, même s’il y a de nombreux débats là-dessus aujourd’hui, il n’est pas contre l’ordination d’hommes mariés. Comme c’est par exemple le cas chez les protestants.

Lorsqu’on évoque les sectes, c’est très fermement qu’il affirme être totalement contre. « Pour moi elles sont très dangereuses car elles se coupent de la réalité et elles ne respectent personne. Il faudrait les combattre ». Il a eu affaire à des personnes qui venaient de sectes. Il les a orientées vers des associations et les a accompagnées, mais « cela a été très difficile car il y a un lavage de cerveau » Jusqu’où va alors l’amour de Dieu ? Devrait-on aimer un gourou ? Il hésite quelques secondes avant de répondre. « En tant que personne oui, mais pas pour ses actes. Et l’aimer, c’est être en vérité. C’est dire : là je ne suis pas d’accord, tu dois arrêter tout de suite ». Monsieur Dame éclaircit ce point en prenant l’exemple du viol. «Si quelqu’un me dit dans la confession « j’ai violé quelqu’un » je ne peux pas lui donner l’absolution. Je lui dis qu’il doit d’abord se dénoncer auprès du procureur, avec vérification. Je lui donne un délai, et s’il ne le fait pas c’est à moi de le faire. » Le secret n’est alors jamais absolu, la loi reste plus forte.

« Ça n’a pas de mot, je ne comprends rien », me souffle-t-il pour me parler des affaires de pédophilie dans l’Église. « L’Église doit accueillir tout le monde et ne pas juger. Mais accepter ne veut pas dire pardonner, et je crois qu’il y a tout un discours à revoir autour de la morale sexuelle. ».

« J’aime les gens qui doutent, les gens qui trop écoutent, leurs coeurs se balancer » Anne Sylvestre

Sa foi est parfois ébranlée. Le doute fait partie intégrante de la vie du religieux. « Moi je dis toujours « j’espère croire en dieu », parce que celui qui croit c’est celui qui fait du bien. Mais arrêtons de dire, je suis croyant, je ne suis pas croyant. Il m’arrive parfois de passer par des doutes ». Un jour, une petite fille de un an est morte dans un incendie. Il avait présidé son baptême, il se retrouvait là à présider son enterrement. « J’ai dit au seigneur « pourquoi ? Là je ne comprends pas… ». J’ai été voir la maman à l’hôpital, elle s’est jetée dans mes bras. » Elle lui a demandé pourquoi Dieu lui avait pris son enfant. Il lui a simplement caressé le bras. Elle lui aurait alors répondu qu’elle savait que le seigneur prenait soin d’elle et « j’ai des personnes qui m’ont aidée financièrement, et je crois que le seigneur est avec moi ». Cela m’a paru absurde et beau en même temps. Cette femme qui venait de perdre sa petite fille remerciait un esprit supérieur qui venait de lui prendre son enfant. J’ai mis du temps avant de reprendre mes esprits. Le prêtre avait été ébranlé dans sa foi, moi j’avais été ébranlée tout court.

Pascal Dame a été interviewé par France 3, M6, la BBC et maintenant par le Toupet. Et nous nous reverrons. Il m’a proposé de me servir de relais avec les autres religions. Il me dit « avant de parler des musulmans on va rencontrer des musulmans, avant de parler des bouddhistes, on va rencontrer des bouddhistes. ». C’est ce que nous ferons dans les prochains articles. Notre prochaine rencontre est prévue le 11 février, un mois après la première. Nous nous rendrons cette fois à la pagode laotienne de Roubaix.

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3 commentaire

  1. C’est ainsi qu’il faut voir la foi. Libre. Emplie de doute. Et tournée vers l’autre. Merci de rappeler qu’elle est intime, personnelle et signe d’un parcours individuelle altruiste.
    Vivement la suite.
    Je transmets à une copine qui, elle, a connu Jesus.

    1. Reçu, et lu ! Merci beaucoup pour cet article. Vivement la suite !!!

  2. Quel bel article ! Je suis profondément athée. J’essaie de croire en l’Homme, même si parfois je doute, parfois j’ecoute mon cœur se balancer ! Mais quand la foi devient amour d’autrui, écoute et sagesse, Monsieur Dame n’a pas besoin de faire de prosélytisme, on a tous envie d’avoir sa force ! Je fais passer, cet article est tellement positif que ça met le cœur en joie pour la journée. Merci !

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